« L’art de perdre » : une fiction pour comprendre les silences de la guerre d’Algérie

Alice Zeniter est une romancière et dramaturge française. Ancienne élève de l’École normale supérieure, elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Elle publie son premier roman, Deux moins un égal zéro, à l’âge de 16 ans. Suivront d’autres romans, nouvelles et pièces de théâtre… Dans « L’art de perdre » publié chez Flammarion, Alice Zeniter retrace le chemin de trois générations affectées par la guerre d’Algérie.  Cette guerre, on la sait douloureuse. Elle a déchiré des familles, tué des innocents et plus de cinquante ans plus tard, des vies et des destins sont meurtris et tourmentés. Parents, enfants, petits enfants … personne n’a été épargné par l’histoire d’un arrachement, d’un exil souvent forcé. A travers cette fiction, Alice Zéniter tente de réparer les non-dits d’une guerre longtemps occultée. Le grand-père Ali, l’ancien combattant devenu harki, est originaire de Kabylie. Il quittera ses oliviers, ses montagnes ensoleillées pour finir dans une HLM normande. A quoi tient le destin d’un individu et de sa famille ? Pour Ali, tout bascule lorsque le FLN demande aux vétérans de renoncer aux pensions versées par l’armée française. Ali s’indigne, il n’est pas d’accord. Il a risqué sa vie et estime avoir droit à cette pension. Les conséquences seront lourdes car il sera désormais considéré comme faisant partie du côté français. Naïma, la narratrice est une jeune parisienne cultivée. Cette petite-fille de harki, comme l’auteure Alice Zeniter, retracera le parcours de son grand-père Ali depuis la Kabylie en passant par le camp de Rivesaltes aux préfabriqués de Provence, pour finir par la Normandie. Hamid, l’aîné de la fratrie, sera comme tous les aînés des familles arrivées dans ces conditions, relégué aux papiers administratifs. La plupart des parents ne sachant ni lire ni écrire, ont eu recours à l’aide de leur aîné. Et dans ces cinquante ans de solitude, d’errance identitaire, c’ est la jeune Naïma qui se rend sur la terre des ancêtres, comme pour tenter de tisser les liens d’une histoire décousue. Une histoire à lire et à faire partager car c’est l’histoire de beaucoup, sinon de tous. L’art de perdre c’est perdre sa terre, sa langue maternelle… Une belle découverte en cette rentrée littéraire ! 
L’Art de perdre, Alice Zéniter

(Flammarion – 514 pages- 22 euros)



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