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POURQUOI JE FAIS DE LA DANSE AFRICAINE ?

 

Par Gloriah Bonheur.

Pour comprendre le pourquoi du comment, il faut revenir à la base, à l’origine même de la cause… (Ce) qui n’est autre que l’héritage de la Danse Africaine.

J’ai commencé à danser le Bèlè (danse traditionnelle martiniquaise héritée d’Afrique) l’année de mon Bac parce que je savais que j’allais partir, quitter mon île. Pour moi, il était inconcevable que je m’en aille vers d’autres cultures sans emmener la mienne dans mes bagages. Je me rappelle avoir été prise de panique un jour et m’être dit « Et si on te demande de parler de chez toi, si on te demande quelles danses et quelles musiques représentent ta culture, que vas-tu dire, faire, répondre? ». C’était suffisant pour que je me dise qu’apprendre quelques pas de danse traditionnelle, me rendrait plus que service.
Pendant huit mois, j’ai pris des cours à peu près deux fois par semaine pour apprendre vite et essayer de rattraper le temps perdu (…oui parce qu’il paraît qu’à l’âge de cinq ans, quand on m’a demandé quel type d’activité je souhaitais faire, je n’ai pas fait « ni yonn ni dé », j’ai mis les points sur les côtés et j’ai commencé à biguiner… Pourtant quelques temps plus tard, pour je ne sais quelles raisons, je me suis retrouvée à faire des pointes en collants et tutu).
Donc, oui à 17 ans il était plus que temps que je rencontre ma culture et que mon corps tout entier l’épouse!
Je sais que d’autres éléments déclencheurs ont motivés en moi ce choix précieux…

JE ME SOUVIENS… Je me souviens de mes premières années en tant que lycéenne. Tous les samedis matins, en sortant des cours, je passais par la ville, par les rues, par « la vie de Fort-de-France » et donc inévitablement par la rue piétonne.

Il y avait toujours de la musique, mais pas n’importe quelle musique… Une musique authentique qui me touchait au plus profond de mon être. Je restais plantée là comme un « pyé koko » enraciné dans le mitan de sa Terre natale, déstabilisée et ne sachant pas quoi faire…Et chaque samedi matin, ma timbale de jus de canne à la main, l’histoire se répétait. Je restais face aux tambouyé qui commençaient à me connaître à force de me voir et qui me faisaient des signes quelques peu insistants pour que je vienne faire la démonstration du savoir que je ne possédais pas. Plantée là (comme un pié coco enraciné dans le)…Bref je restais fidèle à mon poste. Mais je sentais ce truc au niveau de la poitrine, du plexus solaire, ce truc qui brûle, ce machin qui ressemble à un lever de soleil et qui bouleversait mon être andidan. Ce bagay-chose qui me disait « Vas-y! Tu n’as rien à perdre! Fonce! Fè sa ou ni pou fè ti ma fi! Gadé lavi a douvan! ». Ce jour là, c’était plus fort que moi alors j’y suis allée. J’ai lâché mon sac ( oui Monsieur!) et mon ji kann’ avec et je me suis laissée guider.
Je ne sais pas ce qui s’est passé mais ce jour là, j’ai dansé.
J’ai fait des pas que je n’avais jamais faits, qui semblaient sortir de nulle part mais qui apparemment fonctionnaient « à leur manière ».
JE M’EN SOUVIENS
… Les joueurs de tambour avaient été très surpris et m’avaient souri. Ce jour là, j’ai ressenti une joie immense comme celle que l’on ressent quand on ouvre la porte de l’accomplissement de soi. Ce moment était pur car j’avais fait le choix d’y aller pour moi même, avec ce que j’étais et ce que je ressentais, en dépit de ce que les gens auraient pu penser.
Plus tard, à chaque fois que j’entendais les murmures des tambours, la même lueur s’allumait en moi : c’était la même force qui m’appelait. Une force qui venait de très loin et qui insistait tellement que j’ai été obligée un jour d’arrêter pour aller voir, aller entendre( plus fort )et essayer de comprendre ce qui faisait résonner en moi cette joie.
J’ai pris la décision de passer l’examen de Danse traditionnelle au Baccalauréat.
Mézanmi quelle fierté. Avant moi, personne n’avait fait de bèlè dans ma famille. Et même si, j’ai conscience qu’il ne suffit pas de quelques mois de cours pour maitriser la Danse Bèlè et la culture Bèlè, je me suis quand même donnée à fond pour apprendre et retenir le maximum. Ma Mamie m’a soutenu à sa manière en m’aidant à coudre mon costume pour l’examen. Sur ma jupe, j’avais peint les îles de la Caraïbe. J’étais tellement heureuse d’accomplir ce petit défi personnel ! Quand le jour J est arrivé, ma mère et ma grand-mère sont venues m’encourager en assistant au déroulement de l’épreuve depuis les gradins. A la fin de l’examen, je me suis dit que quelque soit la note que j’obtiendrai je serai gagnante sur tous les points car je m’étais rapprochée de moi même. Et puis, quand j’ai vu les yeux de ma grand-mère, j’ai su que j’avais eu raison d’entreprendre ce rapprochement culturel et identitaire; quand j’ai entendu sa voix émue me dire merci, j’ai lu l’importance de ce que j’avais fait sur son cœur.
Ma mamie n’avait jamais eu l’occasion de faire du Bèlè dans sa vie, mais voir sa petite fille en faire, c’était comme si on lui offrait l’opportunité de réparer tout ça…
JE ME SOUVIENS…
J’ai commencé le Bèlè car à force d’entendre les coups de tambours de la rue piétonne tous les samedis matins et de rentrer à la maison envoutée par la beauté des sons des tambouyés, j’ai fini par laisser les émotions répondre à mes questions et je me suis laissée guider par les sensations.
Pour la Danse Africaine, c’est la même chose qui s’est répétée, la même force qui m’a appelée : je me suis retrouvée (un jour) à la Villette un dimanche après midi. Il y avait plusieurs groupes de musiciens dont certains de la Guadeloupe, d’autres de la Martinique et (puis aussi) d’Afrique. Bizarrement, ce jour là j’ai été comme aimantée par les percussionnistes africains délaissant complètement mes amis pendant tout l’après midi. Il y avait urgence, un appel du dedans (vers l’extérieur). J’étais seule face aux percussionnistes et je sentais que j’allais vivre quelque chose de fort… Les ancêtres avaient choisi, ce ne serait pas demain mais aujourd’hui!
La pression monte, je retire mes chaussures. J’enlève ma veste. Finalement, je remets mes chaussures, il fait un peu froid dehors et puis je ne suis pas prête… Et puis ce machin-bagay’ brûlant de l’intérieur est revenu et je suis allée danser comme si ma vie en dépendait. La même joie profonde m’a habitée et a confirmé mon envie d’accueillir ce quelque chose qui m’avait fait tant de bien et qui continuait à m’appeler.

Quelques temps plus tard, je suis allée aux Portes ouvertes d’une Ecole de Danse Africaine. La porte de la salle de danse était entr’ ouverte. Je n’étais pas encore entrée mais je savais déjà que j’étais au bon endroit. Jou tala, les frissons sont devenus témoignages de sensations. Quand j’ai vu les cours de présentation(s) et les démonstrations, j’ai remercié la force du tambour de m’avoir guidée jusqu’ici.
En regardant, les Africains danser j’ai eu envie de savoir précisément quelles étaient mes origines, de quel(les) pays j’étais la descendante. La question s’est imposée à moi comme un solo de tambour et je voulais savoir à tout prix. Quand j’observais les danses, je voyais des pas que j’avais déjà faits chez moi ou en soirée sans même savoir d’où ils venaient… et c’était troublant. J’ai eu les larmes aux yeux, parce que j’ai eu la forte impression de connaître tout ce que je voyais, tout ce que faisaient les danseurs alors que c’était bien la première fois que je venais dans un tel lieu de transmission.

Pour comprendre le pourquoi de mon choix, pour comprendre pourquoi je fais de la Danse Africaine, je suis revenue à la base…

Je fais de la Danse Africaine parce que cela me permet d’être plus proche de qui je suis, de qui j’ai été et de qui je serai. L’évidence se trouve dans les frissons qui parcourent ma peau quand j’entends le premier coup de tambour. Pour moi, les sensations ne mentent pas car c’est le corps qui parle. Il n’y a rien de plus intense que le langage des sensations car c’est la vérité du silence qui parle.

Je fais de la Danse Africaine parce, qu’au fond, cela me rappelle, ce que je suis aujourd’hui, qui ont été mes ancêtres et que c’est une manière de leur rendre hommage, de leur dire que je n’ai pas oublié. Ils ont été forcés d’oublier mais moi, je ne veux pas oublier ! Je veux honorer quelque chose qui, en quelque sorte, m’appartient.
L’arrachement à la Terre Mère a été tellement difficile que je pense qu’il est normal que je sois à la recherche de ces bribes de cultures qui j’en suis sûre font partie de moi. C’est pourquoi je suis attachée à tout ce qui émane de cette Terre. En apprenant, en répétant ces pas de danse, je fais appel à la mémoire du corps. Je m’accroche peut-être à l’imaginaire de ce pays AFRIQUE mais ça me fait du bien car ces gens me ressemblent. Et quand j’irai en Afrique pour la première fois, je leur dirai : « je suis revenue ! , mais je ne suis pas revenue seule . Il y a notre culture dans mes bagages. Je suis revenue avec la mémoire du corps, la mémoire du cœur…. »

 

GLORIAH BONHEUR



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