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Le phénomène « SELFIE » : Miro, mon beau miro, dis –moi qui est la plus belle ?

Par Nessy Politanos.
De Kim Kardashian à Rihanna, tout le monde semble succomber à cette tendance de se prendre en photo, la bouche en cœur et souvent en contre plongée. On parle de « selfie » quand il s’agit de se prendre en photo, seul, avec son Smartphone ou de son photophone et qu’on la diffuse sur des sites de partages comme Instagram.

On n’est jamais mieux servi que par soi-même, n’est-ce pas ?  Loin d’être seul au monde, de ne pas avoir d’ami, on se prend souvent en photo tout seul par pure empathie.   Qui aurait la patience de prendre une centaine de photos à la suite sans jamais rechigner ? Oui, parce qu’il faut savoir que c’est souvent la 99 ème photo, que l’on trouve enfin presque bonne et qu’on est prêt à diffuser. Le principal objectif (mise à part celui de notre téléphone) c’est d’obtenir suffisamment de « j’aime » pour gonfler notre égo trop meurtri par la réalité sans filtre.

Devant un miroir, dans une salle de sport, dans sa voiture, les photos « selfies » se multiplient… Un seul ne « selfie » jamais à ceux en quête d’attentions.

Voir Rihanna face à son miroir se prendre seule en photo, cela lui permet de se rapprocher davantage de ceux qui l’admirent. Un moment d’intimité, de solitude, après un concert…  Seule dans une immense et luxueuse chambre d’hôtel, dans des moments méditatifs douloureux et sombres, elle s’offre à eux. Elle leur offre cette parcelle secrète d’elle-même… Quelle offrande bien plus jouissive qu’une photographie prise par un professionnel !

Dans l’antiquité, Narcisse s’y était lui-même risqué. Un devin avait prédit que Narcisse vivrait très vieux à condition qu’il ne voie jamais son image. La « selfie » à la différence de Narcisse, se voit à travers le regard de l’autre et en cela elle peut peut-être se sauver, si ce dernier est salvateur et approbateur. Cela est plus qu’un miroir réfléchissant, c’est un miroir qui permet d’être vu par des milliers de gens qui ne pourront que dire « j’aime » à l’aide du bouton magique qu’ils peuvent agrémenter de commentaires laudatifs. Si par hasard, un commentaire dévalorisant venait à se trouver là, on pourrait toujours le supprimer et bloquer l’auteur de celui-ci. Oui, qui peut aller à l’encontre de la façon dont on veut réellement briller à la face du monde ?

Les peintres et les écrivains l’ont fait bien avant les Smartphones. Autobiographies, autofictions, œuvres autofictionnelles, les écrivains se sont tous racontés et dépeints comme ils voulaient bien qu’on les voit, recherchant le salut, l’admiration ou l’estime des lecteurs. Rousseau, par exemple a cherché une sorte de rédemption à travers le récit autobiographique.

Quant aux peintres, on ne compte plus les autoportraits comme celui de Van Gogh, Frida Khalo, Courbet… Evidemment, les appareils photo n’existaient pas en ce temps là et on pouvait au moins se peindre. Imaginez-vous que sur 143 tableaux, 55 tableaux de Frida Khalo sont des autoportraits.  Quel kilo de culot, cette Frida ! Le « self-portrait » de Frida Khalo peut s’apparenter quelque peu à un autoportrait de Rihanna. Un regard mystérieux et perçant, une moue boudeuse, une attitude altière. Tout y est.

Alors, si on devait tirer les « ficelles » du « selfie », on devrait y voir une certaine volonté de revalorisation de soi.  Au réveil, avec ou sans maquillage, avec ou sans prétention, tous cherchent à être vus dans « toute la vérité de la nature » mais jamais sans un filtre pour recevoir un peu d’amour...

Nessy Politanos



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